La profession agronomique en République démocratique du Congo entre dans une nouvelle phase de structuration. Créé par la loi n°23/057 du 10 décembre 2023, l’Ordre National des Ingénieurs Agronomes (ONIA-RDC) entend renforcer l’organisation, la reconnaissance et la régulation de la profession sur l’ensemble du territoire national.
Dans une communication publiée récemment, l’ONIA-RDC appelle les agronomes à s’inscrire au Tableau de l’Ordre pour les ingénieurs agronomes de niveau A0, ainsi qu’aux Registres pour les niveaux A1, A2 et A3. Cette démarche est présentée comme une obligation découlant du nouveau cadre légal, mais également comme un acte de responsabilité professionnelle.
Pendant longtemps, les compétences agronomiques congolaises ont été présentes dans les exploitations agricoles, les administrations publiques, les universités, les projets de développement, les ONG et les entreprises privées, mais sans disposer d’un cadre professionnel unique capable de fédérer et de réguler l’ensemble de la corporation.

Structure qui valait son pesant d’or
La création de l’ONIA vient ainsi répondre à un besoin de structuration. La loi portant création de l’Ordre prévoit que celui-ci regroupe notamment les ingénieurs agronomes spécialisés en phytotechnie, zootechnie, eau et sol, eau et forêt, faune et flore, chimie et industries agricoles, génie rural et économie agricole.
Pour l’ONIA, le défi ne se limite donc pas à établir une liste de professionnels. Il s’agit également de contribuer à la reconnaissance de la profession, à la protection des professionnels et à l’amélioration de la qualité des services agronomiques.
L’Ordre vise également les enseignants, chercheurs, consultants, cadres de l’administration publique, professionnels du secteur privé et associatif ainsi que les experts intervenant dans différents projets agricoles et environnementaux.
Cette démarche intervient alors que la RDC entend accroître sa production agricole, réduire sa dépendance aux importations alimentaires et améliorer la sécurité alimentaire.
La question centrale reste celle de l’impact concret de cette nouvelle organisation.
Dans un pays disposant d’un potentiel agricole considérable, mais confronté à de nombreux défis -faible productivité, accès limité aux intrants, insuffisance d’infrastructures, difficultés d’accès au financement, pertes post-récolte et insécurité dans certaines zones rurales- les compétences techniques des agronomes constituent un levier important.
L’ONIA affirme justement vouloir contribuer à la transformation agricole du pays, à la sécurité alimentaire, à la création d’emplois ruraux et au développement économique.
Les préalables
Pour que cette ambition produise des résultats, la professionnalisation devra être accompagnée d’une meilleure valorisation des compétences sur le terrain. La reconnaissance juridique de la profession doit notamment se traduire par une présence accrue des agronomes dans la planification, l’encadrement des producteurs, la recherche, l’innovation et le suivi des investissements agricoles.
Pour les agronomes, l’ONIA ne devrait donc pas être perçu uniquement comme une nouvelle structure administrative, mais comme un instrument capable de défendre la profession, d’établir des standards, de renforcer l’éthique professionnelle et de contribuer à la reconnaissance des compétences nationales.
Par ailleurs, la véritable question sera désormais de savoir comment cette nouvelle organisation professionnelle pourra transformer la compétence des agronomes en résultats visibles dans les champs, les élevages, les laboratoires, les entreprises agroalimentaires et les territoires ruraux.
La professionnalisation des agronomes pourrait ainsi devenir un maillon essentiel de transformation agricole de la RDC, à condition que l’Ordre parvienne à rapprocher davantage les compétences, les producteurs et les politiques publiques.
Parfait MONSENGWO

