Études et récits inquiétants
De nombreuses études et rapports officiels menés par des institutions de santé et des organisations internationales démontrent la dangerosité des pesticides chimiques utilisés en maraîchage. Sur le terrain, ces produits dont la plupart sont classés toxiques rythment pourtant le quotidien des exploitants, malgré les répercussions inquiétantes et visibles, largement documentées
Les récits collectés auprès des maraîchers du site de Masina Rail 1 à Kinshasa révèlent à quel point l’usage abusif des pesticides expose la santé des producteurs, des consommateurs et fragilise l’environnement. « J’ai eu une éruption cutanée sur la peau, sans me douter qu’il s’agissait des produits chimiques que j’avais utilisés la veille sur mes légumes. J’ai même cru au départ qu’il s’agissait de gale, jusqu’à ce que le diagnostic du médecin révèle une allergie », confie un maraîcher sous anonymat.
Selon Amédé Nzinga, responsable du site, ce cas n’est pas isolé. Plusieurs autres exploitants ont signalé des réactions similaires ou des affections plus graves : troubles neurologiques notamment des maux de tête atroces, vertiges, fatigue intense; troubles respiratoires dont la toux, irritations de la gorge, gêne respiratoire, ainsi que diverses pathologies qui, sans intervention médicale urgente, pourraient être fatales.
Les consommateurs exposés
L’impact ne se limite pas aux producteurs. Les consommateurs eux aussi sont exposés. L’ONG Médecins du Monde France, qui accompagne les cultivateurs de Masina Rail 1 dans la transition agroécologique, alerte sur les risques d’intoxication liés aux résidus de pesticides présents sur les légumes. Les patients ayant consommé ces produits présentent des troubles respiratoires, des atteintes du foie, des reins et du système nerveux, provoqués par une intoxication chronique, ainsi que des troubles digestifs, une affection à laquelle n’a pas échappée Sandrine Mpela, infirmière au centre APRM situé au cœur du site. Elle témoigne : « Lors d’une garde de nuit, nous avons cuisiné des légumes fournis par des femmes du champ voisin. Tous les infirmiers qui en ont mangé ont eu une diarrhée. Après enquête, un maraîcher nous a confié que la vendeuse avait administré des pesticides chimiques le matin même, sans respecter le délai de sécurité avant la récolte. »

Perturbation de la biodiversité
L’ONG souligne également les impacts négatifs sur les écosystèmes urbains et périurbains de Kinshasa. Les statistiques révèlent que près de 94 % des maraîchers de la capitale utilisent ces produits, mettant en danger la santé de milliers de consommateurs. Depuis 2022, le projet Prosmace, porté par Médecins du Monde France et plusieurs ONG locales, tente de réduire cette dépendance.
Des produits toxiques à portée des maraichers
Malgré ces efforts, la pratique maraîchère à Kinshasa reste fragilisée par l’usage massif de produits phytosanitaires de synthèse, dont la majorité ne sont pas homologués. Des substances telles que Banko Plus, Thiodan, M-CThoate, Oxam, Sniper DDVP, Carbex, continuent de circuler, posant un défi sanitaire et environnemental que la régulation seule ne suffit plus à contenir.
Linda Imbanda

