La sécurité et l’autosuffisance alimentaires en République Démocratique du Congo reviennent sans cesse dans les narratifs des acteurs politiques. L’amélioration des conditions de vie des populations, en particulier la stabilité du panier de la ménagère, figure parmi les priorités gouvernementales. Malgré cela, chaque année, le pays importe près de 90 % de ses biens de consommation, d’environ 3 à 3,5 milliards de dollars américains en produits agroalimentaires et vivres.

Selon les données officielles, les importations de riz, l’une des principales céréales les plus prisées du pays, oscillent entre 250.000 et 300.000 tonnes par an. Une statistique qui pourrait être positivement influencée par une production locale renforcée. Le secrétaire de la riziculture de Masina Rail 1, Amédée Nzinga, affirme que le potentiel rizicole du Pool Malebo est suffisant pour approvisionner toute la ville de Kinshasa et réduire sensiblement les importations de ce produit. « Le Pool Malebo dispose d’au moins 6.000 hectares de terres cultivables. Les maraîchers sont capables de produire jusqu’à 6 tonnes de riz par hectare, peu importe les variétés. Avec les inondations récurrentes, nous sommes condamnés à ne produire qu’une seule fois l’an et pourtant, nous pouvons réaliser trois récoltes. Avec une possibilité de produire 108.000 tonnes de riz, les producteurs locaux pourraient apporter une aide considérable à l’État dans l’atteinte de ses objectifs », a-t-il expliqué.
À l’en croire, cette performance est conditionnée par la résolution des difficultés liées aux inondations causées par la rupture des digues, à la spoliation des sites agricoles et à l’absence d’un véritable accompagnement institutionnel. « Si une politique agricole cohérente et un soutien réel aux producteurs étaient mis en place, Kinshasa n’aurait plus besoin de consommer du riz importé, dont nous ignorons d’ailleurs les conditions de manipulation », a-t-il ajouté.

Accompagnement gouvernemental
La politique de la revanche du sol sur le sous-sol, promue par le chef de l’État Félix Tshisekedi, traduit une volonté ferme de faire de l’agriculture un véritable levier de l’économie nationale. Le budget alloué au secteur a connu une hausse significative, du moins sur papier, allant de 2% à 11% du budget national, dépassant l’objectif de 10 % fixé par les accords de Maputo.
Pourtant, selon quelques maraîchers ayant requis l’anonymat rencontrés au site de Masina rail 1, l’accompagnement gouvernemental se résume trop souvent à la distribution de semences, d’intrants et à des annonces de réformes. Leurs besoins réels, eux, restent en suspens, relégués au rang de promesses. Et chaque saison des pluies vient rappeler la fragilité du secteur : les inondations ravagent les plantations et affament ceux qui devraient nourrir la ville.
Linda IMBANDA

