Dans les marchés de Kinshasa, la semoule de maïs précuite souvent importée a peu à peu remplacé le maïs local moulu qui prend habitude dans l’alimentation des ménages congolais.
Derrière ce choix, que perdons-nous en abandonnant le maïs local? Quels sont les enjeux nutritionnels, économiques et culturels liés à cette transition alimentaire ?
Selon les témoignages des vendeurs, la préférence des consommateurs se penche de plus en plus vers la semoule, perçue comme accessible, facile et rapide à préparer, elle attire surtout les consommateurs pressés.

Un gain de temps, mais à quel prix ?
« La semoule précuite a l’avantage d’être rapide à préparer en moins de 10 minutes. Contrairement au maïs traditionnel qui exige plusieurs étapes (parfois acheter les graines puis les moudre) », déclare une consommatrice de semoule.
La semoule industrielle devient un mode de vie moderne. Cependant, « ce prestige va souvent avec la perte des qualités nutritionnelles, car le processus industriel élimine parfois des éléments essentiels comme les fibres et certaines vitamines et pourtant le maïs local reste naturel », témoigne une vendeuse de maïs local et de semoule au marché de Massanga-mbila.
Valeur nutritionnelle : le maïs local, plus riche ?
Le maïs traditionnel, moulu avec le son et parfois fermenté, contient davantage de fibres, de minéraux et de probiotiques naturels. Il est plus rassasiant et, selon certains nutritionnistes, « ce maïs négligé est meilleur pour la digestion ».
La semoule, souvent raffinée, est plus pauvre en nutriments et peut favoriser les pics glycémiques, surtout chez les personnes diabétiques.
Un enjeu économique et culturel
Favoriser la semoule, souvent importée, bloque la production locale du maïs. « Les petits producteurs, meuniers et commerçants voient leurs revenus baisser, alors que le pays regorge de terres appropriées à la culture du maïs », affirme la vendeuse de maïs.
Elle ajoute que « le maïs local est moins coûteux par rapport à la semoule, avec 1000fc, on peut avoir une quantité suffisante, ce n’est pas le cas pour la semoule ».

Contrairement à une autre vendeuse qui avoue que la semoule est devenue rentable, « la vente est rapide et régulière, que le maïs local aujourd’hui ».
Par ailleurs, « l’achat de semoule ne fait plus de différence des clients en termes de rang social, jeunes ou vieux, riche ou pauvre, accessible à toute catégorie de nos jours », atteste une commerçante.
Ainsi, la consommation de semoule de maïs précuite reflète un choix de société entre modernité et tradition. Même si elle répond à un besoin de gain, elle ne doit pas faire oublier la conservation des cultures alimentaires locales, pour leur valeur nutritionnelle, économique et identitaire; et pour un moment de transmission culturelle et familiale telle qu’en zones rurales.
Bénédicte NTANGA

