Dans les collines qui surplombent la ville de Butembo, un vrombissement mécanique longtemps oublié se fait de nouveau entendre. La Maïserie de Kyambogho, véritable fleuron agro-industriel du Grand Nord, vient de relancer ses machines. Sous l’impulsion de la Coopérative Centrale du Nord-Kivu (COOCENKI), ce redémarrage marque une étape historique pour la souveraineté alimentaire de la région.
Plus qu’un simple succès technique, cette relance s’accompagne d’un produit phare qui envahit déjà les étals : la farine de maïs « ISYANO ».

« ISYANO », réponse locale à la crise
Le nom résonne comme une promesse. En langue Nande, Isyano évoque l’action de moudre, le cœur de l’activité meunière. En lançant cette marque, la COOCENKI ne propose pas seulement un nouvel ingrédient pour le foufou national ; elle propose également un acte de résistance économique.
Alors que la province subit de plein fouet l’inflation et la dépendance aux importations des pays voisins, la farine ISYANO mise sur un circuit court. Le maïs est cultivé par les paysans des territoires de Lubero et Beni, transformé sur place à Kyambogho, et consommé par les familles locales. Une boucle vertueuse qui garantit fraîcheur et accessibilité.
Cela laisse entendre que c’est un souffle d’espoir pour les agriculteurs. Pour les milliers de membres de la coopérative, cette relance est une bouffée d’oxygène. « Produire c’est bien, mais transformer et vendre, c’est mieux », explique un producteur de Lubero. En garantissant un débouché stable à travers la maïserie, la COOCENKI sécurise les revenus des familles paysannes, souvent premières victimes des instabilités sécuritaires.

Dans une région meurtrie par les conflits, le défi est maintenant de maintenir cette cadence. La COOCENKI appelle à un soutien accru des autorités pour sécuriser les axes de desserte agricole, afin que le maïs continue d’affluer vers Kyambogho.
Medy LAPATSH
