Un mois après sa nomination à la tête du ministère de l’Agriculture, Muhindo Nzangi affiche son volontarisme. Mécanisation, budget historique, feuille de route en cinq axes et autres, les annonces pleuvent.
Mais derrière le vernis des cérémonies et des chiffres, une question emmerge : assiste-t-on à une véritable refondation du secteur agricole ou à une opération de communication bien huilée ?

La mécanique du symbole
La remise de tracteurs à Menkao, en présence du président Tshisekedi, a été présentée comme le coup d’envoi d’une révolution agricole. Pourtant, ce geste hautement médiatisé soulève plusieurs interrogations.
Où sont les études d’impact ? Aucune donnée n’a été fournie sur la répartition des engins, leur maintenance ou leur adaptation aux réalités agroécologiques des provinces.
Quel modèle de gouvernance ? Sans coopératives solides ni mécanismes de suivi, ces tracteurs risquent de finir comme les précédents : rouillés, détournés ou inutilisés.
Le mirage budgétaire
L’annonce d’un budget agricole équivalent à 10 % du budget national est saluée comme une victoire. Mais là encore, le diable est dans les détails : quelle traçabilité ? Le ministère n’a publié aucun plan de décaissement ni critères d’éligibilité pour les bénéficiaires.
Quel équilibre territorial ? Les zones rurales enclavées, souvent oubliées des politiques publiques, ne semblent pas prioritaires dans les premières annonces.
Une feuille de route sans boussole ? Les cinq axes stratégiques présentés par le ministre sont ambitieux, mais restent flous : pas de calendrier précis, ni d’indicateurs de performance ; aucune articulation claire avec les ministères de l’Environnement, du Développement rural ou de la Recherche scientifique ; le Fonds de développement agricole, annoncé comme une innovation, n’a ni statut juridique ni mécanisme de gouvernance à ce jour.

L’oubli des urgences paysannes
Pendant que les projecteurs sont braqués sur Kinshasa, les agriculteurs du Kasaï, du Tanganyika ou du Sud-Ubangon continuent de semer sans intrants, sans routes de desserte agricole, sans marchés d’écoulement de leurs produits.
Le ministre a évoqué l’insécurité sur le plateau de Bateke, mais aucune mesure concrète n’a été annoncée pour protéger les zones de production.
Le secteur agricole congolais ne demande pas des slogans, mais des actes : des politiques territorialisées, des partenariats avec les producteurs, et surtout, une vision qui dépasse le court terme.
Medy Lapatsh

