À Kinshasa, une jeune femme transforme une fragilité intime en force pour toute une communauté. Marie-Christelle Mavinga, étudiante en Communication sociale à l’Université Catholique du Congo, est aujourd’hui à la tête de Maïsha, une marque de bouillie locale à base de maïs, soja et kikalakasa, un pois africain riche en fer.
Épreuve personnelle, solution collective
Son histoire commence par une absence : celle du lait maternel. « Je n’ai pas été nourrie au sein, car ma mère, souffrant du goitre à ma naissance, suivait un traitement. Les laits importés me rendaient malade. Elle a donc utilisé ses connaissances en nutrition pour me sauver de la malnutrition qui me guettais », confie-t-elle.
Ce geste maternel, loin d’être anodin, a marqué son destin. Infirmière de formation, sa mère a eu recours au soja et au jus de kikalakasa pour compenser les carences. « En bas âge, j’ai rencontré des soucis de santé. Les soins modernes semblaient insuffisants. Ma maman s’est rappelée de ses cours de nutrition et m’a nourrie avec des produits locaux », raconte Marie-Christelle.

De l’expérience intime à l’innovation
De cette expérience est née une conviction : les ressources locales peuvent répondre à des besoins vitaux. « Chaque famille mérite une alimentation saine, nutritive et produite localement », insiste-t-elle.
Le kikalakasa, longtemps utilisé dans les communautés congolaises, est reconnu pour sa richesse en fer et sa capacité à prévenir l’anémie. « Il a efficacement compensé un déficit sanitaire que la médecine moderne n’avait pas pu corriger », souligne l’entrepreneure.
Au-delà de son entreprise, Marie-Christelle veut inspirer. « Je dirais à la jeunesse de croire en son potentiel et de ne pas attendre que les opportunités viennent d’ailleurs. Nous avons des richesses, des talents et des ressources capables de transformer notre pays. Il faut oser entreprendre, se former continuellement, travailler avec discipline et persévérance, et surtout ne jamais abandonner face aux difficultés ».
Son projet ne s’arrête pas à la bouillie artisanale. Elle rêve d’une usine moderne de fabrication de céréales pour augmenter la production et fournir les produits au plus grand nombre, à un prix accessible.
« À travers Maïsha, nous contribuons à réduire la dépendance aux produits importés, à lutter contre la malnutrition et à renforcer la sécurité alimentaire », explique-t-elle.
Dans de nombreux foyers congolais, la bouillie est le premier repas solide d’un enfant. Trop souvent, elle est appauvrie ou trop sucrée. Avec Maïsha, Marie-Christelle Mavinga propose une alternative : une bouillie saine, locale et porteuse d’une histoire de résilience. Son parcours illustre comment une épreuve personnelle peut devenir une solution collective et un moteur d’espoir pour toute une génération.
Linda IMBANDA

