Dans les marchés de Lubumbashi, Likasi ou Kolwezi, un mets enveloppé dans des feuilles sombres attire les regards et suscite la curiosité des plus jeunes : le kikanda.
Derrière son apparence modeste se cache un trésor culinaire et culturel, transmis de génération en génération dans le sud-est de la République démocratique du Congo.

Un plat, une mémoire
Préparé à base de graines locales, souvent du ricin ou du sésame, mélangées à des arachides, des oignons et du piment, le kikanda est ensuite enveloppé dans des feuilles du même nom, ficelé avec soin, puis cuit à la vapeur ou sous la cendre. Ce processus lent et méticuleux donne naissance à une pâte dense, parfumée, à la fois nourrissante et symbolique.
Mais le kikanda ne se consomme pas à la légère. Il est réservé aux grandes étapes de la vie : mariages, funérailles, rites d’initiation ou alliances entre familles. Chez les Yeke par exemple, il est offert à l’homme qui reçoit l’approbation du père de la fiancée un geste fort, porteur de reconnaissance et de respect.
Un marqueur d’identité
Le kikanda est bien plus qu’un aliment : c’est un vecteur d’identité. Il incarne l’héritage des peuples du Grand Katanga, Bemba, Sanga, Yeke, Luba, Tabwa, et témoigne de leur savoir-faire, de leur sens du sacré et de leur attachement à la terre. Dans la diaspora congolaise, il est souvent préparé pour raviver les souvenirs, maintenir le lien avec les ancêtres, et transmettre aux enfants une part de leur histoire.

Entre tradition et modernité
Aujourd’hui, le kikanda inspire les artistes, les conteurs, les slameurs. Il devient métaphore dans les récits autobiographiques, symbole de résilience dans les textes engagés, et sujet de recherche dans les cercles culinaires. Il interroge : comment préserver nos traditions sans les figer ? Comment faire du kikanda un pont entre le passé et l’avenir ?
Dans un monde en quête de racines, le kikanda rappelle que la cuisine est aussi un langage, une mémoire, une résistance. Et que dans chaque feuille ficelée, il y a une histoire à raconter, mais surtout à conserver pour les générations futures.
Medy LAPATSH
