Les agriculteurs familiaux ont pris les rues de Kinshasa samedi dernier, dans une marche pacifique pour dénoncer la spoliation croissante des sites agricoles, phénomène de plus en plus récurrent, qui constitue depuis des décennies, un frein majeur à leur travail. Cette marche à été organisée par le Réseau des Organisations des Producteurs Agricoles Familiaux de Kinshasa (ROPAFKI) en collaboration avec l’Union des Coopératives Maraîchères de Kinshasa (UCOOPMAKIN).

Un cri d’alarme sur la souveraineté alimentaire
Selon le mémo lu par l’un des responsables des organisations paysannes présentes, cette manifestation s’est tenue pour mettre fin à la dépossession systématique des terres auxquelles assistent les producteurs depuis 1990. « Les sites maraîchers, jadis ceintures vertes de la capitale, sont grignotés par des ventes illégales, des lotissements anarchiques et des occupations militaires. Les conséquences sont directes: réduction des espaces cultivables; baisse de la production de fruits, légumes et viandes; disparition d’emplois stables; précarité accrue des familles maraîchères », ont fait constaté les producteurs.
Des sites emblématiques menacés
Le mémo remis aux autorités cite plusieurs cas précis des sites agricoles spoliés, notamment:
- Ngombe/Lutendele : 10 hectares vendus, destruction des ouvrages hydro-agricoles.
- Tshuenge : menaces d’accaparement par des héritiers d’anciens responsables.
- Masina Rail I et II : occupation illégale par des groupes se réclamant de chefs coutumiers.
- Kiseso (quartier Kabila) : 54 hectares confisqués par des militaires depuis 2010.
- Mokali (Kimbanseke) : terres transformées en cités résidentielles, avec arrestations de maraîchers.
- Lukaya et Kimpoko : ventes massives de terres par des chefs coutumiers en complicité avec des forces de sécurité.

Des recommandations fortes
Face à ce fléau appauvrissant, les agriculteurs exigent, pour leur stabilité, la protection juridique des terres agricoles par des certificats collectifs ou privés; la démolition des constructions anarchiques sur les sites maraîchers, l’interdiction de l’immixtion des militaires et policiers dans les affaires foncières; la réhabilitation des routes de desserte agricole; la traduction en justice des auteurs des actes de spoliation; ainsi que la réparation des préjudices subis par les exploitants.
En parcourant les rues de Kinshasa, de Djoko jusqu’au quartier 1, les maraîchers ont voulu rendre visible leur détresse mais aussi leur détermination. Leur combat dépasse la simple défense de parcelles agricoles : il s’agit de préserver la souveraineté alimentaire de la capitale et de garantir aux générations futures un accès à une production locale, saine et durable.
Linda Imbanda

