Comme annoncé, le gouvernement Suminwa II a été dévoilé ce 8 août. Si la plupart des ministres ont été reconduits, certains postes ont connu du changement, notamment celui du ministère de l’Environnement. Marie Nyange Ndambo succède à Ève Bazaïba, une femme qui a initié plusieurs réformes dans ce secteur stratégique pour la République Démocratique du Congo.
Titulaire d’un doctorat en économie de l’Université de Kinshasa (UNIKIN) et d’un doctorat en foresterie de l’Université Laval au Canada, Marie Nyange Ndambo est également chercheuse et professeure à la Faculté des sciences économiques et de gestion, ainsi qu’à la Faculté d’agronomie (Département de gestion des ressources naturelles) de l’UNIKIN et d’autres institutions du pays. Son profil allie expertise scientifique et expérience académique, lui conférant une carrure idéale pour diriger ce ministère à fort enjeu.

Les défis
Plusieurs défis attendent la professeure Nyange à la tête du ministère de l’environnement, développement durable et nouvelle économie du climat. Il s’agit entre autres, de concilier écologie et gouvernance locale. Le ministère fonctionne souvent en vase clos, déconnecté des réalités des territoires. La ministre devra créer des ponts entre les politiques environnementales et les autorités locales, chefferies, communes, ONG de terrain qui sont souvent les premières à gérer les crises écologiques, telles que les inondations, la pollution, les conflits liés à l’accès aux ressources.
Un autre défi est celui de faire sortir l’environnement du discours symbolique. L’environnement est trop souvent utilisé comme vitrine diplomatique, sans réelle intégration dans les politiques économiques. Elle devra inscrire l’écologie dans les plans de développement, en montrant que la protection des forêts, des sols et des eaux est une stratégie de croissance durable, et non un luxe réservé aux conférences internationales.
Ensuite, réhabiliter les corps techniques oubliés, comme les ingénieurs forestiers, les agronomes, les hydrologues et autres experts en biodiversité qui sont souvent marginalisés. La ministre devra re-valoriser ces compétences en instaurant des mécanismes de consultation, de formation continue et de reconnaissance professionnelle. Sans eux, aucune réforme ne pourra s’ancrer durablement.
Désamorcer les tensions autour des ressources naturelles est un grand défi de la ministre Nyange. Les conflits liés à l’exploitation minière, forestière ou foncière sont fréquents et mal gérés. Elle devra donc mettre en place des mécanismes de médiation environnementale pour anticiper les tensions entre communautés, entreprises et État. Cela exige une lecture fine des enjeux sociaux et culturels liés à la terre.
Il s’agit également de faire de l’environnement un levier d’identité nationale, l’écologie étant encore perçue comme une affaire d’experts ou d’ONG. La ministre pourrait l’ancrer dans la culture populaire en valorisant les savoirs locaux, les récits de terroir, les pratiques agricoles durables, et même les symboles comme les trophées ou sigles. Cela permettrait de créer une écologie enracinée, porteuse de fierté et de mobilisation citoyenne.
Enfin, assurer la traçabilité des financements verts, étant donné que les financements internationaux affluent, mais leur impact reste flou. Marie Nyange devra imposer une transparence radicale sur l’usage des fonds climatiques, en publiant des rapports accessibles, en impliquant la société civile, et en sanctionnant les détournements. C’est une condition essentielle pour regagner la confiance des bailleurs et des citoyens.
Avec ce profil et ces enjeux, Marie Nyange Ndambo a l’opportunité de redéfinir l’action environnementale en RDC, en la rendant plus inclusive, plus technique et surtout plus enracinée dans les réalités du pays.
Linda Imbanda

