Dans les collines poussiéreuses de Mont Ngafula, au sud de Kinshasa, le jour se lève sur un concert de cris rauques. Ce ne sont pas des coqs. Ce sont les pintades, farouches, nerveuses, mais fidèles. Elles tournent en rond dans leur enclos grillagé, guettant le bruit familier du seau métallique. Le fermier arrive, silhouette droite, mains calleuses, et répand les grains comme on bénit une terre.
L’élevage de pintades ici n’est pas une affaire industrielle. C’est un pacte entre l’homme et l’oiseau. Chaque matin, il faut veiller à leur sécurité : les pintades sont vives, mais vulnérables. Un rat, un serpent, une maladie mal anticipée, et c’est tout le cheptel qui vacille. Alors on nettoie, on surveille, on parle aux oiseaux comme à des enfants capricieux.

Naissance et croissance
Tout commence par l’incubation. Les œufs, plus petits que ceux des poules, sont placés dans une couveuse artisanale ou confiés à une poule adoptive. Après 26 à 28 jours, les pintadeaux naissent, fragiles et frileux. Les premières semaines sont critiques : il faut les garder au chaud, les nourrir avec des miettes de maïs, et surtout les protéger du stress. Car une pintade stressée, c’est une pintade qui ne grandit pas.
Autonomie et rusticité
À partir du deuxième mois, elles deviennent plus indépendantes. Elles picorent, chassent les insectes, et parfois s’échappent de l’enclos pour explorer les alentours. Mais elles reviennent toujours, attirées par la voix du fermier et le rythme des repas. Leur rusticité est leur force : elles tombent rarement malades, résistent aux chaleurs, et leur viande, maigre, ferme, savoureuse, est prisée dans les foyers comme dans les restaurants.

Veille et transmission
Ici, l’élevage de pintades n’est pas qu’un métier. C’est une mémoire transmise. Le grand-père élevait déjà ces oiseaux, les offrait lors des mariages, les vendait pour payer les frais scolaires. Aujourd’hui, c’est le petit-fils qui perpétue le geste, avec un carnet de suivi, un téléphone pour les commandes et une vision : faire de la pintade un symbole d’autonomie rurale.
Chaque soir quand le soleil décline sur les collines de Mont Ngafula, les pintades se regroupent, silencieuses. Le fermier referme la porte de l’enclos, jette un dernier regard et murmure : « demain, on recommence ».
Medy LAPATSH

