Alors que les gros titres se focalisent souvent sur les avancées des groupes armés, une autre guerre, silencieuse et tout aussi dévastatrice, ravage la République Démocratique du Congo. Il s’agit de la malnutrition aiguë.
Les chiffres des projections jusqu’en juin 2026 sont glaçants : 4,18 millions d’enfants de moins de cinq ans et 1,54 million de femmes enceintes ou allaitantes sont menacées, basculant ou presque dans la malnutrition sévère. Ce n’est plus une alerte, c’est une catastrophe humanitaire en cours, exacerbée par un cocktail toxique de facteurs.
L’Est, épicentre du désespoir
Dans les provinces orientales, en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, le lien entre la violence et la faim est implacable. Les conflits ont transformé des millions de personnes en déplacés internes, forcés d’abandonner terres, récoltes et bétails. Comme le témoigne un humanitaire à Masisi (Nord-Kivu), cité par Médecins Sans Frontières, le taux de malnutrition dans certaines zones a doublé en un an. L’insécurité empêche les agriculteurs d’accéder à leurs champs, brise les chaînes d’approvisionnement et fait flamber le prix des rares denrées sur les marchés. « Quand on prend la route, on a peur de rencontrer des hommes armés. Ils nous pillent et peuvent même nous tuer », confiait Fahida, mère d’un enfant soigné pour malnutrition à Masisi, illustrant ainsi le prix de l’accès à la nourriture dans ces zones. L’insécurité alimentaire est un dommage de guerre directe.
Un avenir hypothéqué
Le danger de la malnutrition ne se limite pas à la survie immédiate. La malnutrition chronique et aiguë dans la petite enfance entraîne des séquelles irréversibles sur le développement cognitif et physique. La crise actuelle menace de compromettre le potentiel de toute une génération.
Pour les 1,54 million de femmes enceintes et allaitantes concernées, la malnutrition est un risque double. Elle hypothèque leur propre santé, mais aussi celle de leur enfant à naître, perpétuant ainsi le cycle de la vulnérabilité nutritionnelle.

L’appel à l’aide des agences internationales, dont les programmes de soutien et de traitement nutritionnel – souvent sous-financés -, est plus pressant que jamais. Sans une action massive et coordonnée pour garantir la paix, la sécurité, l’accès à la nourriture de qualité et à des soins de santé primaires, ces 5,7 millions de vies resteront en grand péril jusqu’à et au-delà de 2026.
Medy LAPATSH

