Dans une ville en pleine expansion comme Kinshasa, où la pression démographique et la hausse des prix alimentaires pèsent sur les familles, l’agriculture urbaine apparaît comme une alternative crédible. Pour en parler, nous avons rencontré Mme Grâce Mbayo, agronome et promotrice de potagers communautaires à Kimwenza, un site agricole situé dans la commune de Mont Ngafula.

Agriboost : Mme Mbayo, pourquoi avoir choisi de développer des potagers urbains à Kinshasa ?
Grâce Mbayo: La ville grandit vite, mais l’accès à une alimentation saine reste un défi. Les potagers urbains permettent aux familles de produire elles-mêmes une partie de leurs légumes, réduisant la dépendance aux marchés et aux importations. C’est une manière de reprendre le contrôle sur notre assiette.
Agriboost : Quels sont les principaux obstacles que rencontrent les cultivateurs urbains ?
Grâce Mbayo : Le manque d’espace est un vrai problème. Mais nous avons appris à utiliser les moindres parcelles, les toits, et même les sacs de culture. L’autre défi, c’est l’eau : l’humidité aide parfois, mais elle peut aussi favoriser les maladies des plantes. Il faut donc former les habitants à des techniques simples de gestion.
Agriboost : Certains estiment que l’agriculture urbaine reste marginale face aux besoins alimentaires de Kinshasa. Que répondez-vous à ceux qui doutent de son impact réel?
Grâce Mbayo : Je comprends ces critiques, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Même si elle ne couvre pas toute la demande, l’agriculture urbaine réduit les dépenses alimentaires et améliore la nutrition. C’est une graine qui, si elle est soutenue, peut devenir un arbre solide pour la ville.
Agriboost : En termes de sécurité alimentaire, quel impact concret observez-vous ?
Grâce Mbayo : Les familles qui participent à nos projets réduisent leurs dépenses alimentaires de 20 à 30 %. Elles consomment plus de légumes frais, ce qui améliore la nutrition des enfants. Et surtout, elles acquièrent une autonomie qui change leur rapport à la ville : elles deviennent actrices de leur propre subsistance.
Agriboost : Au-delà de l’autonomie alimentaire, pensez-vous que ces potagers peuvent transformer le tissu social de la ville, en créant de nouvelles solidarités entre habitants?
Grâce Mbayo : Absolument. Les potagers deviennent des espaces de rencontre et de coopération. Les voisins échangent des semences, des conseils, et parfois même des récoltes. Cela recrée un esprit communautaire qui manque souvent dans les grandes villes.
Agriboost : Comment voyez-vous l’avenir de l’agriculture urbaine à Kinshasa ?
Grâce Mbayo : Je crois qu’elle peut devenir un pilier de la sécurité alimentaire. Si les autorités locales soutiennent ces initiatives, en offrant des espaces et des formations, nous pourrions transformer Kinshasa en une ville verte où chaque quartier produit une partie de sa nourriture.
Agriboost : Si vous aviez l’oreille des décideurs politiques aujourd’hui, quelle mesure urgente demanderiez-vous pour faire de l’agriculture urbaine une véritable politique publique ?
Grâce Mbayo : Je demanderais la mise en place d’un programme officiel de soutien aux potagers urbains : accès à des terrains, subventions pour les intrants et formations adaptées. Avec cela, l’agriculture urbaine passerait du statut d’initiative citoyenne à celui de stratégie nationale.
L’agriculture urbaine n’est pas seulement une pratique de survie. C’est une stratégie citoyenne qui redonne dignité et autonomie aux habitants. Dans une capitale où les défis alimentaires sont quotidiens, ces potagers deviennent des laboratoires d’avenir.
Interview réalisée par Linda IMBANDA

