La ville de Kinshasa est confrontée à un véritable enjeu écologique. L’insalubrité, souvent liée à une mauvaise gestion des déchets, constitue la principale source de nombreuses maladies et affections graves. Habituée à jeter les immondices dans les rues, les collecteurs d’eau et autres places publiques, la population se heurte malheureusement à l’incapacité du gouvernorat central à encadrer efficacement leur collecte et leur traitement.
Chaque rentrée scolaire ajoute un défi supplémentaire : l’achat d’aliments et de fournitures classiques, généralement emballés dans des sachets plastiques, accentue la pression environnementale.
Face à cette situation, Ruben Mayoni, consultant en communication environnementale et journaliste spécialisé, propose quelques gestes simples pour une rentrée scolaire plus responsable et plus écologique.

Agriboost : Quels enjeux environnementaux peuvent accompagner cette rentrée scolaire à Kinshasa ?
Ruben: La rentrée scolaire a toujours été un moment crucial pour les parents et même les élèves eux-mêmes. Ici, il ne s’agit pas vraiment des enjeux, mais surtout des défis sur le plan environnemental. Car toute rentrée scolaire amène son lot de problèmes environnementaux. Ce, en termes de pollution et d’insalubrité, à travers le rejet des déchets, l’utilisation des transports à des heures et trajets précis.
Agriboost : Quels sont les risques à craindre?
Ruben: Ce qu’il faut craindre c’est également l’accumulation des déchets dans les écoles et rues. La rentrée des classes amène évidemment un autre lot de problèmes. Outre les émissions liées aux gaz à effet de serre des voitures et motos, nombre d’enfants vont amener désormais à l’école de l’eau ou du jus dans une bouteille en plastique, des bonbons, biscuits, gâteaux ou tout autre aliment dans un emballage en plastique (sachet). Ce qui va accroître la quantité des déchets non seulement dans les écoles et aux alentours, mais aussi dans les rues, l’éducation environnementale faisant encore défaut dans le chef des élèves.
S’agissant de la mobilité, les trajets quotidiens vers l’école seront de rigueur pour de nombreuses familles, soit en voiture (mode de transport privilégié), ajouté à cela, la moto qui est en vogue à Kinshasa et même à l’intérieur du pays. Privilégier la marche pour ceux qui ne sont pas trop loin de l’école permet à la fois de réduire ses émissions de dioxyde de carbone (CO2), tout en préservant sa santé physique et mentale.
Il est vrai qu’aller à l’école sans voiture ou sans moto permet d’éviter les émissions de polluants qui peuvent être nuisibles pour la santé des enfants. Aux abords des écoles, moins on fait circuler de voitures, mieux ce sera pour la qualité de l’air que les enfants vont respirer. Lorsque les trajets à pied ou à vélo ne sont pas envisageables, prendre le bus ou organiser un co-voiturage avec des parents d’élèves qui habitent proche de chez soi permet aussi de limiter ses émissions de CO2.
Agriboost: Selon vous, comment peut-on anticiper ou relever ces défis ?
Ruben: Il y a toujours des solutions, elles existent. C’est question d’en être informé et d’en faire usage. D’abord il convient de limiter l’achat de fournitures scolaires neuves et privilégier la réutilisation. C’est vrai qu’il est difficile de chiffrer les dépenses liées à l’achat des fournitures scolaires, compte tenu de la situation socio-économique précaire que traversent les ménages kinois, même si tout parent soucieux de l’avenir de son enfant se casse en mille morceaux pour lui acheter des fournitures scolaires.
La majorité des parents privilégient l’achat des nouveaux produits : uniformes, sacs, ketchs, gourdes et autres fournitures scolaires. Cependant, il est toujours conseillé qu’avant d’acheter de nouvelles fournitures pour ses enfants, d’attendre les recommandations des enseignants ou de l’école afin d’éviter d’acheter du matériel inadapté ou inutile. Lorsque des fournitures ou des vêtements ne sont plus utilisés, la seconde main permet de leur accorder une nouvelle vie, tout en évitant la production d’un bien neuf qui engendrerait des émissions de gaz à effet de serre additionnelles et du gaspillage.
L’achat et la vente d’occasion sont ainsi à privilégier puisqu’ils préservent l’environnement, tout en donnant l’occasion de réaliser des économies. Mais les parents et enfants congolais, particulièrement Kinois, ont acquis l’habitude de ne privilégier que du neuf pour la rentrée scolaire, de peur d’être hué à l’école pour avoir porté un vieux produit.
Et pourtant, si certains produits sont trop usagés pour être réutilisés, les recycler peut permettre de récupérer de la matière qui sera par la suite intégrée dans d’autres produits. Mais hélas ! Le recyclage pose problème en RDC. A la place, ces vieux produits sont plutôt jetés à la poubelle, à la limite, jetés au feu pour être brûlés, augmentant sans le savoir les émissions des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
Agriboost : Est-il nécessaire d’impliquer les parents, les enseignants et les élèves ? Si oui, de quelle manière ?
Ruben : Évidemment. Chaque acteur ou partie prenante a un rôle crucial à jouer: les parents sont appelés à privilégier la réutilisation des objets classiques (uniformes, cahiers, stylos, et autres) qui ne sont pas trop usés durant l’année précédente. Les enseignants doivent indiquer aux enfants, et par ricochet aux parents, les objets classiques à acheter pour ne pas encourager le gaspillage. Les élèves qui sont les utilisateurs doivent être de bons usagers et éviter la dégradation rapide des objets, sachant que si ces derniers sont bien gardés ils peuvent être réutilisés.
Agriboost : Quelles alternatives ou solutions concrètes proposez-vous ?
Ruben : Pour réduire l’empreinte écologique de nos enfants, il convient d’adopter des gestes simples tels qu’amener de l’eau ou du jus dans une gourde réutilisable, éviter d’acheter des aliments avec emballages en plastique ou en sachet, placer des corbeilles ou poubelles dans l’enceinte des écoles, mais surtout apprendre aux enfants à jeter les déchets dans les poubelles ou endroits appropriés, c’est-à-dire, sensibiliser, éduquer, informer et communiquer sur les bonnes pratiques environnementales pour sauver les Écoles et la ville de Kinshasa, déjà en proie à l’insalubrité. En adoptant ces gestes, nous ferons tous œuvre utile.
Interview réalisée par Linda IMBANDA

