Un nouvel observatoire dédié à l’évaluation des bénéfices de la foresterie communautaire en faveur des communautés locales et des peuples autochtones a vu le jour en RDC. Cette initiative intervient dans un contexte où, malgré les avancées enregistrées depuis la promulgation du Code forestier et l’attribution des concessions forestières aux communautés locales, les retombées concrètes sur les conditions de vie des populations demeurent limitées.
Un observatoire pour mesurer les impacts
La première réunion constitutive de l’Observatoire des bénéfices de la foresterie communautaire en faveur des communautés locales et des peuples autochtones en RDC s’est tenue au cours du mois de juillet 2026 à Kinshasa.
Cet observatoire multi-acteurs réunit le Réseau des populations autochtones et locales pour la gestion durable des écosystèmes forestiers (REPALEF), la Coalition des femmes leaders pour l’environnement et le développement durable (CFLEDD), le Centre de recherche en foresterie et biodiversité tropicale (CerFob) de l’Université de Kinshasa ainsi que l’agence de communication 2050 Congo Solutions.
Sa mission consiste à étudier et analyser les bénéfices réels de la foresterie communautaire en évaluant les initiatives et projets mis en œuvre dans les concessions forestières des communautés locales à travers le pays.

L’objectif est de promouvoir une gouvernance forestière inclusive, transparente et durable, au bénéfice des communautés locales, des peuples autochtones et de l’environnement, tout en veillant à la bonne application du Code forestier congolais et de ses textes d’application.
Au cours de cette première réunion, les membres de l’Observatoire ont défini les bases de leur cadre de référence, notamment sa vision, ses principes directeurs, son mode de gouvernance et ses perspectives, en vue de la création d’une ASBL chargée de concrétiser ses objectifs.
Un décalage entre les projets et la réalité du terrain
Les membres de l’Observatoire ont dressé un diagnostic préoccupant.
Selon eux, sur les 236 concessions forestières communautaires déjà attribuées, une trentaine seulement bénéficient d’un appui, tandis qu’environ 70 plans simples de gestion ont été élaborés. Toutefois, une grande partie de ces plans n’a toujours pas été mise en œuvre.
« Sur les 236 concessions octroyées, environ 30 seulement bénéficient d’un appui, tandis que 70 plans de gestion ont été élaborés. Une grande partie de ces plans n’a pas encore été exécutée. Au final, moins de 10 % des communautés concernées bénéficient réellement d’un accompagnement », indique le rapport.
Les participants dénoncent également le décalage entre les rapports de capitalisation produits par certaines organisations internationales et les réalités observées sur le terrain.
Selon eux, si plusieurs projets mettent en avant les superficies de forêts sécurisées, les communautés locales et les peuples autochtones continuent de vivre dans une grande précarité.
« Les conditions de vie des communautés évoluent très peu. Dans ces conditions, il est difficile d’espérer une réduction durable de la déforestation et une meilleure préservation de la biodiversité », souligne le rapport.

Des insuffisances techniques relevées
L’Observatoire pointe également le non-respect de certains standards scientifiques dans l’élaboration des plans simples de gestion.
Les inventaires multiressources ne seraient pas toujours réalisés selon une méthodologie rigoureuse et les stratégies de valorisation des ressources forestières et agricoles demeurent insuffisantes.
« Les plans simples de gestion devraient permettre une meilleure valorisation des ressources naturelles. Pourtant, nous constatons un déficit important dans la gestion et l’exploitation durable des forêts », peut-on lire dans le rapport.
Les membres de l’Observatoire relèvent également une insuffisance méthodologique dans les approches d’accompagnement des communautés locales ainsi qu’une faible valorisation de leurs savoirs traditionnels.
Ils estiment que les formations ponctuelles organisées dans certaines concessions ne suffisent pas à produire des changements durables.
« Une formation, à elle seule, ne peut engendrer un véritable changement. Les communautés ont besoin d’un accompagnement continu, fondé sur un diagnostic approfondi et des activités génératrices de revenus adaptées à leurs réalités », soulignent-ils.
Les priorités de l’Observatoire
Afin d’améliorer la gouvernance de la foresterie communautaire en RDC, l’Observatoire prévoit notamment de produire un rapport national sur la mise en œuvre des concessions forestières des communautés locales, d’évaluer les bénéfices réels de la foresterie communautaire pour les populations concernées, de promouvoir les compétences techniques en gestion des forêts et de la biodiversité, de documenter l’évolution de la biodiversité dans les concessions forestières communautaires et de mesurer les changements sociaux, économiques et environnementaux enregistrés au sein des communautés bénéficiaires.
À travers ces travaux, l’Observatoire entend contribuer à une meilleure gouvernance des forêts communautaires et à une amélioration concrète des conditions de vie des communautés locales et des peuples autochtones, conformément aux objectifs du Code forestier congolais.
Linda IMBANDA

