L’agriculture congolaise vit un moment charnière. À travers plusieurs annonces et initiatives, le gouvernement et les acteurs de la société civile cherchent à redonner souffle à un secteur vital pour la sécurité alimentaire et l’économie nationale. De la relance vivrière dans le Haut‑Uélé au lancement d’un projet sucrier à Sakania, en passant par la distribution de semences au Nord‑Kivu et les plaidoyers écologiques, les signaux convergent. L’agriculture redevient-elle une priorité stratégique pour le pays ?
Haut‑Uele : redynamiser la production vivrière
Le 19 mars dernier, le ministre de l’Agriculture Muhindo Nzangi, aux côtés du gouverneur Bakomito, a annoncé un plan de relance agricole dans le Haut‑Uélé. Objectif affiché : réduire la dépendance aux importations alimentaires en stimulant la production vivrière et maraîchère. Cette relance s’inscrit dans une logique de souveraineté alimentaire, mais pose aussi la question des infrastructures et de l’accompagnement technique des producteurs

Sakania : un complexe sucrier pour diversifier l’économie
Le 18 mars, un partenariat stratégique a été dévoilé pour la création d’un complexe agro‑industriel sucrier à Sakania. Ce projet, qui promet des milliers d’emplois, illustre la volonté du gouvernement de diversifier les filières agricoles et de renforcer l’industrie agroalimentaire. Mais il soulève également des interrogations sur la durabilité des modèles agro‑industriels et leur articulation avec les petits producteurs
Nord‑Kivu : une campagne agricole sous le signe de la sécurité alimentaire
Le 6 mars, la campagne agricole 2025‑2026 a été officiellement lancée avec la distribution massive de semences et d’outils aratoires. Cette opération vise à éradiquer l’insécurité alimentaire dans une province marquée par les crises humanitaires. Les autorités espèrent que la mobilisation des communautés rurales permettra de booster la production vivrière, maraîchère et pérenne. Reste à savoir si la logistique et le suivi technique seront à la hauteur des ambitions.
Analyse : entre ambitions et défis
Ces annonces traduisent une volonté politique claire, faire de l’agriculture un moteur de développement. Mais plusieurs défis persistent : acheminement semences et outils dans toutes les provinces ; financement (garantir des investissements stables et transparents) ; durabilité (concilier intensification agricole et préservation des écosystèmes) ; inclusion (s’assurer que les petits producteurs bénéficient directement des programmes).
L’agriculture congolaise est à la croisée des chemins. Entre relance vivrière, industrialisation sucrière et transition agroécologique, le pays tente de bâtir un modèle qui conjugue sécurité alimentaire, création d’emplois et durabilité environnementale. Le succès de ces initiatives dépendra de la capacité des autorités à transformer les annonces en actions concrètes et inclusives.
Medy LAPATSH

