Autrefois, piler les feuilles de manioc à la main était un rituel quotidien pour de nombreuses femmes kinoises. Ce geste, chargé de savoir-faire et de patience, faisait partie intégrante de la culture culinaire et familiale. Aujourd’hui, cette pratique tend à disparaître au profit des moulins mécaniques, de plus en plus utilisés dans les marchés et les quartiers avec engouement. La modernité s’est donc invitée, cherchant à effacer la tradition.

Que gagne-t-on et que perd-on en abandonnant ces pratiques traditionnelles ?
Certaines clientes habituées à l’usage de moulin, telle que Sephora, jeune dame mariée et avocate, avouent que « ce changement est largement motivé par le gain de temps et d’énergie, dans un contexte urbain où les femmes combinent entre plusieurs responsabilités. Le moulin permet de traiter de grandes quantités en peu de minutes, rapide et économique là où le pilon exigeait des heures de travail physique ».
Cependant, d’autres observateurs regrettent une perte de qualité et de lien social : la pâte obtenue mécaniquement serait parfois moins fine, et les moments de partage entre femmes autour du mortier deviennent rares.
« De plus, la dépendance à ces machines à pondu crée parfois des coûts supplémentaires pour les ménages », déplore maman Bienvenue.

Sur le plan sociologique, critique et valorisant
Sociologiquement, cela traduit une adaptation au rythme de vie accéléré, à la pression économique et à la raréfaction du temps domestique.
Critiquement, cette évolution interroge la perte progressive des savoir-faire traditionnels transmis de génération en génération, et soulève des questions sur la qualité hygiénique des processus mécaniques non encadrés.
Par ailleurs, ce recours à la technologie valorise l’utilisation des moulins et aussi de l’adaptabilité des femmes kinoises, qui réussissent à concilier productivité, obligations familiales et engagement économique dans un cadre urbain précaire.
En général, si l’usage massif des moulins à feuilles de manioc reflète une transformation profonde des pratiques culinaires urbaines et marque un réel progrès en termes de gain de temps et d’allègement des tâches domestiques pour les femmes Kinoises, néanmoins, n’ignorons pas la rupture qu’elle procure avec les savoir-faire traditionnels. Entre modernité pratique et perte de lien culturel, il sied de trouver un équilibre entre innovation actuelle et préservation d’un patrimoine culinaire et identitaire.
Bénédicte NTANGA

