L’agriculture africaine se trouve aujourd’hui au cœur d’un affrontement idéologique et pratique entre deux modèles : celui de l’agriculture industrielle, dépendante des intrants chimiques et des monocultures, et celui de l’agroécologie, enracinée dans les savoirs paysans, la biodiversité et la souveraineté alimentaire. Dans ce contexte, des voix se lèvent pour défendre une vision durable et inclusive, portée par les communautés elles-mêmes.
Parmi ces voix, l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA) occupe une place centrale, une coalition regroupant des organisations paysannes, des ONG, des réseaux de femmes et des mouvements de la société civile.

À travers des formats accessibles et dynamiques produits en collaboration avec les journalistes spécialisés et les radios communautaires, AFSA met en lumière les menaces que représentent la privatisation des semences, l’accaparement des terres et la dépendance aux multinationales pour le secteur agricole africain.
Parmi ces productions figure le dernier épisode de « The Battle for African Agriculture », où le Dr Million Belay s’est entretenu avec la professeure Jennifer Clapp, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité alimentaire mondiale et durabilité à l’Université de Waterloo. Figure incontournable de l’économie politique des systèmes alimentaires, elle a partagé son parcours intellectuel et ses réflexions sur les dynamiques qui façonnent l’agriculture contemporaine.
Dès ses débuts, Jennifer Clapp s’est intéressée aux inégalités, à la faim et au rôle de l’action publique. Ses travaux se sont progressivement concentrés sur les structures de pouvoir qui organisent les systèmes alimentaires : concentration des entreprises, financiarisation et règles du commerce mondial.
Titans de l’agriculture industrielle
Dans son ouvrage « Titans of Industrial Agriculture », cette spécialiste démontre comment un petit nombre d’entreprises domine désormais les semences, les engrais, les pesticides et les machines agricoles. « Cette concentration ne découle pas uniquement de l’innovation, mais s’appuie sur des avantages historiques entre autres, l’accès privilégié au financement, brevets protecteurs et soutien actif des États », a t-elle déclarée dans cet entretien, et de commenter: « Ces mécanismes ont créé des verrouillages technologiques, rendant les intrants agricoles interdépendants et enfermant les agriculteurs dans un système industriel difficile à quitter ».
Son étude rapporte de ces mécanismes, des résultats plus inquiétants que satisfaisants. Il s’agit de la monoculture renforcée, la production à grande échelle et la marginalisation des petits producteurs.
Impacts sur le Sud global
Jennifer Clapp souligne que ces dynamiques portent particulièrement sur les agricultures du Sud. Les choix des producteurs s’amenuisent, leur dépendance aux intrants externes s’accroît et leur vulnérabilité face aux marchés volatils s’intensifie. Au-delà des aspects économiques, c’est la biodiversité, les savoirs locaux et la souveraineté alimentaire qui s’en trouvent fragilisés.
Pour un système alimentaire juste et durable
Face à ces défis, la chercheuse insiste sur la nécessité de rééquilibrer le pouvoir : renforcer les politiques publiques, soutenir l’agroécologie et développer les marchés territoriaux. Elle rappelle que « malgré les tensions géopolitiques, l’avenir des systèmes alimentaires dépend de l’action collective, de l’inclusion des savoirs et de la mobilisation des mouvements de base ».
Cette production journalistique sur les enjeux agricoles en Afrique s’inscrit dans une stratégie plus large de communication et de sensibilisation de l’AFSA. Elle a déjà mené des campagnes panafricaines telles que « My Food Is African », qui valorise les cultures locales et « Seed Is Life » qui défend la liberté semencière face aux législations restrictives.
Ces actions médiatiques traduisent une conviction forte selon laquelle l’agroécologie n’est pas seulement une technique agricole, mais un projet de société qui touche à la culture, à l’identité et à la dignité des peuples africains.
Linda IMBANDA

