Alors que la Semaine mondiale de l’allaitement maternel s’est tenue du 1er au 7 août sous le thème « Priorité à l’allaitement : créer des systèmes de soutien durables », un chiffre a résonné comme une alerte. Seulement 48% des nourrissons de moins de six mois dans le monde sont allaités exclusivement au sein. En République démocratique du Congo, ce taux est encore plus bas, oscillant autour de 32 % selon les estimations locales.
L’allaitement devient de plus en plus une pratique en recul malgré les recommandations. L’OMS et l’UNICEF ont rappelé que l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois est l’un des moyens les plus efficaces de garantir la santé et la survie du nourrisson. Pourtant, les mères congolaises sont confrontées à une série d’obstacles : manque d’information, absence de soutien professionnel, pressions culturelles et conditions de travail peu favorables.

« On m’a conseillé de donner de l’eau sucrée à mon bébé dès le deuxième jour », témoigne Clarisse, jeune mère à Lemba, avant d’ajouter, « je ne savais pas que le lait maternel contient déjà toute l’eau dont il avait besoin ».
Des systèmes de santé sous pression
Dans de nombreux centres de santé de Kinshasa, le personnel n’est pas toujours formé à l’accompagnement de l’allaitement. Seul un pays sur cinq dans le monde inclut une formation systématique sur l’alimentation du nourrisson pour les médecins et infirmiers. Résultat, des mères quittent les hôpitaux sans conseils adaptés, et introduisent trop tôt des aliments complémentaires.
Le Dr Nadège Mbuyi, pédiatre à Mont-Ngafula, déplore : « Nous manquons de ressources, de temps, et parfois même de conviction. L’allaitement est vu comme une affaire privée, alors qu’il s’agit d’un enjeu de santé publique ».
Une semaine pour changer les mentalités
Durant la Semaine mondiale, des ateliers, des émissions radio et des campagnes d’affichage sur les réseaux et partout ailleurs, ont été organisés. Avec comme objectif, sensibiliser, informer, et surtout déconstruire les idées reçues. Donner de l’eau ou des bouillies avant six mois peut multiplier par 2,8 le risque de mortalité infantile.

L’OMS et l’UNICEF appellent à investir dans les soins maternels et néonatals, à former les professionnels de santé à l’accompagnement de l’allaitement, à créer un environnement favorable dans les hôpitaux, les communautés et les lieux de travail, et enfin, appliquer le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel.
Medy LAPATSH

