La République démocratique du Congo est souvent présentée comme l’un des pays africains disposant d’un important potentiel agricole. Avec ses vastes terres arables, ses ressources en eau et la diversité de ses sols, le pays possède de nombreux atouts pour produire suffisamment de nourriture pour sa population.
La FAO estime que la RDC dispose d’environ 80 millions d’hectares de terres arables. Pourtant, cette richesse naturelle contraste fortement avec la réalité vécue par des millions de Congolais confrontés à l’insécurité alimentaire. Ce paradoxe est particulièrement visible dans l’Est du pays.
Dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri et du Tanganyika, l’agriculture constitue une activité essentielle pour de nombreuses familles. Mais les conflits armés ont profondément bouleversé cette réalité. Des agriculteurs ont été contraints d’abandonner leurs champs, tandis que certaines terres agricoles ont été pillées, détruites ou sont devenues difficiles d’accès.

« Les enfants paient le prix de cette crise »
Pour mieux comprendre ce paradoxe entre le potentiel agricole de la RDC et la malnutrition qui touche particulièrement les enfants dans les zones en conflit, la rédaction d’Agriboost.info rapporte les explications de Madame Alliance, nutritionniste et enseignante à l’ISTM de Goma.
Selon Madame Alliance, les déplacements de populations et les difficultés d’accès aux terres ont fortement perturbé les activités agricoles dans l’Est de la RDC.
« Un agriculteur peut disposer d’un champ capable de produire du maïs, des haricots, des légumes ou d’autres cultures vivrières, mais perdre la possibilité de l’exploiter à cause de l’insécurité. Les enfants paient le prix de cette crise », souligne Madame Alliance.
Lorsque la production agricole diminue, les conséquences dépassent largement la simple question des revenus des ménages. Elles touchent directement l’alimentation des enfants.
Dans certaines familles déplacées, la situation devient encore plus difficile : produire devient impossible, acheter de la nourriture devient compliqué et manger suffisamment se transforme en un combat quotidien.
La terre fertile ne suffit pas
Pour Madame Alliance, le problème ne se limite donc pas à la disponibilité des terres.
En effet, avoir une terre fertile ne suffit pas. Il faut pouvoir y accéder, la cultiver, disposer de semences et d’outils, récolter, conserver les produits, les transporter et, enfin, les vendre ou les distribuer à des prix accessibles aux populations.
Dans les zones rurales de l’Est, l’agriculture pourrait pourtant jouer un rôle majeur dans la lutte contre la faim. Un retour durable à la production agricole permettrait aux familles de retrouver leurs moyens de subsistance, d’améliorer leur alimentation et de générer des revenus. Mais cette reprise nécessite avant tout la sécurité.
Les habitants rapportent que les conflits ont contraint certains agriculteurs à abandonner leurs moyens de subsistance. Les champs ont parfois été pillés ou détruits, tandis que les personnes déplacées rencontrent des difficultés à récupérer leurs terres à leur retour.
Dans ce contexte, sans paix, il devient difficile de parler de souveraineté alimentaire dans l’Est de la RDC.

Du champ à l’assiette, un long chemin
Entre le potentiel agricole de la RDC et l’assiette du Congolais, il existe encore un immense fossé.
Le paradoxe est saisissant : un pays disposant d’un potentiel agricole considérable continue de voir une partie de sa population, notamment les enfants, souffrir de la faim et de la malnutrition.
« Pour réduire cette contradiction, plusieurs défis doivent être relevés : sécuriser les zones rurales, soutenir les petits producteurs, améliorer les routes de desserte agricole, faciliter l’accès aux semences et aux intrants, mais aussi renforcer l’éducation nutritionnelle », insiste Madame Alliance.
Car lutter contre la malnutrition ne signifie pas seulement donner à manger. Il faut également permettre aux familles de produire, d’accéder à une alimentation diversifiée et de consommer des aliments suffisamment nutritifs, ajoute-t-elle.
La terre congolaise peut-elle enfin nourrir le Congo ?
Le drame de l’Est illustre parfaitement cette contradiction : des terres capables de produire, mais des familles déplacées qui ne peuvent plus les cultiver ; des marchés qui pourraient être approvisionnés, mais des routes et des circuits commerciaux perturbés ; et, au bout de cette chaîne brisée, des enfants dont la croissance et l’avenir sont menacés par la malnutrition.
La RDC dispose d’un potentiel agricole considérable. Le véritable défi est désormais de transformer cette richesse en nourriture accessible à la population.
Pour y parvenir, il faut protéger ceux qui cultivent la terre et investir dans toute la chaîne qui mène du champ à l’assiette.
Parfait MONSENGWO

