Le soleil de septembre brûle déjà sur la capitale congolaise, alors que les élèves reprennent peu à peu le chemin de l’école pour l’année scolaire 2026-2027, conformément au calendrier fixé par le Ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et technique.
Dans le décapole kinois, les premières semaines de rentrée sont souvent marquées par une faible présence des écoliers en classe. La raison : l’impréparation des parents ou l’incapacité à réunir le budget nécessaire pour l’achat des fournitures scolaires.
Cette année, la situation est encore plus critique. Dans de nombreuses écoles, les classes ne comptent que 10 à 15 élèves, alors qu’elles devraient accueillir plus de 60 apprenants.
Derrière cette réalité se cache le sort de nombreux parents déguerpis des marchés pirates, incapables de réunir les moyens pour scolariser leurs enfants. Parmi eux, Chimène Samba, vendeuse de poissons au marché pirate dit Se ya Pont, situé dans la commune de Limete, le long du boulevard Lumumba : « Je n’ai plus d’étalage ni de marchandises. Tout a été rasé lors du passage du Service national. On nous a privés d’activités pendant tout le mois d’août, alors que c’est dans ce mois que nous épargnons pour la rentrée scolaire ».

Étalages, hangars, kiosques et autres constructions de fortune ont été détruits, marchandises calcinées. Certains commerçants se sont reconvertis en vendeurs ambulants, occupant désormais les espaces publics.
Objectif : « s’adapter pour rattraper le temps perdu et réunir un tant soit peu les moyens nécessaires pour scolariser nos enfants », explique François Kalonji, ancien usager du marché pirate de l’UPN, dont la boutique n’a pas échappé aux tracteurs du Service national.
Ces usagers dénoncent par ailleurs, des méthodes de violence dont fait preuve ce service de l’Etat pour exécuter sa mission. Parmi les autres espaces de négoce touchés figurent Bayaka dans la commune de Ngiri-Ngiri, le marché anarchique de Mpozo à Kasa-Vubu, les étalages illégaux érigés sur le tronçon reliant le pont Matete à l’aéroport international de N’djili, ceux du Rond-point Ngaba et le long de la route By-Pass.
Ces opérations d’envergure sont menées par le Service national dans le cadre de l’assainissement de Kinshasa, lancé mi-juillet sur ordre du président de la République, Félix Tshisekedi.
Le gouvernement provincial de Kinshasa prévoit, depuis 2024, de relocaliser ces commerçants vers des infrastructures formelles et modernisées, principalement au sein du Marché central, fermé pour réhabilitation depuis 2020. En attendant, des milliers de familles restent privées de revenus et leurs enfants privés d’école, dans un pays où l’économie repose largement sur le secteur informel et où la population survit au taux du jour.
Linda IMBANDA

